Une tribune signée par des «Dionysiens, enseignants, chercheurs de sciences populaires de Saint-Denis» (lire Libération du 26 novembre) s’est
autorisée à mettre en cause de manière malveillante les services de
l’Etat en Seine-Saint-Denis et en particulier celle du préfet délégué
pour l’égalité des chances que je suis. Considérant que seule la vérité
est républicaine, je tiens à apporter les précisions suivantes.
Dès
les événements qui se sont déroulés le 17 novembre, l’Etat a mobilisé
la cellule d’urgence médico-psychologique, composée de médecins
psychiatres et psychologues dont on ne comprend pas pourquoi les auteurs
de cette tribune mettent en doute les compétences. Cette cellule est
activée par l’Etat dans toute situation de catastrophe, et ce qui s’est
passé dans le centre de Saint-Denis en était une. En complément, au
lendemain des terribles événements, une prise en charge particulière a
été organisée en direction des enfants scolarisés et parents des écoles
attenantes. Chaque famille a été appelée par téléphone avant la
réouverture des écoles et un dispositif d’accueil a été organisé lors de
la réouverture des écoles avec une mobilisation d’interprètes en
direction des parents non-francophones. Pour cette prise en charge
psychologique, loin de laisser à l’abandon les Dyonisiens, l’Etat a
mobilisé en nombre des médecins, des infirmiers psychologues scolaires
comme il l’aurait fait pour n’importe quelle autre situation de ce
type quel que soit le lieu.
En
ce qui concerne l’hébergement d’urgence, la préfecture a proposé dans
un premier temps à la ville d’utiliser le fonds d’aide au relogement en
urgence, qui est un dispositif conçu pour faire face aux situations de
catastrophes et qui consiste, pour une ville, à avancer le prix de
chambres d’hôtels, avance ensuite remboursée par l’Etat. Dans un
deuxième temps, l’Etat, après avoir réussi à trouver des places sur la
ville de Saint-Denis, a proposé pour toutes les personnes, quelle que
soit leur situation administrative, un hébergement en résidence
hôtelière. Cet hébergement hôtelier aurait pu être accepté plus
rapidement par les personnes sinistrées s’il n’y avait pas eu des
blocages incompréhensibles au niveau local.
En
ce qui concerne le relogement de ces victimes, nous maintenons le
principe qu’il est nécessaire de mettre en œuvre une solidarité de
l’ensemble des bailleurs du département, dont ceux de la ville de
Saint-Denis et non du seul «contingent Etat» qui n’est pas dans le
département le plus fourni. Ce qu’on appelle le contingent Etat, c’est,
en Seine-Saint-Denis, sur 220 000 logements, à peu près 2500 logements
disponibles par an, dont le parc est constitué pour un peu moins de la
moitié de T1 et T2 pour 90 000 demandeurs inscrits et surtout 9
000 personnes prioritaires au titre du droit au logement opposable
(Dalo). L’appel à tous les bailleurs est d’autant plus une nécessité
qu’elle est le seul moyen pour que le relogement se fasse le plus
rapidement possible et pour que les personnes qui souhaitent rester
à Saint-Denis le puissent. Heureusement, cette solidarité se met en
place. Grâce à celle qui s’est aussi spontanément manifestée, en
particulier de la part du président de l’office départemental de
l’habitat, nous espérons que les relogements pourront s’effectuer à très
court terme. Pour accélérer ces délais, nous espérons aussi que
d’autres bailleurs importants suivront l’exemple. Afin d’organiser la
prise en charge de toutes ces personnes maintenant sans toit, il est
effectivement nécessaire que les services sociaux établissent un
diagnostic afin que les solutions les plus adaptées puissent être
proposées aux ménages. Ce diagnostic est d’autant plus nécessaire que
près de la moitié des ménages concernés n’ont aucune ressource et ne
sont donc pas éligibles au logement social. Si leur situation ne change
pas, elles devront plutôt être orientées vers des résidences sociales.
Il est du reste regrettable que les contempteurs de l’Etat qui se sont
crus obligés de nous mettre en cause aient une appréciation aussi
négative du travail social. En un mot, dans les situations difficiles
et troublées où chacun devrait faire preuve à la fois d’efficacité et
d’intelligence des situations, il se trouve toujours des donneurs de
leçons qui pensent que leur quart d’heure warholien va leur permettre
d’accéder à une sainteté sur le dos de fonctionnaires républicains qui
ont à cœur de faire correctement leur travail. C’est triste.
Par Didier Leschi Préfet délégué pour l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis